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Allaitement prolongé: Où est le problème?

L´allaitement prolongé est un sujet controversé. Le 13 février 2010, un quotidien allemand a par exemple publié sous le titre « Allaitement sans fin » un article sur l´allaitement de petits enfants, en disant que « les médecins sont horrifiés, les super-mamans ravies ». L´article qui suit va analyser l´allaitement prolongé d´un point de vue évolutionniste et pédiatrique.
 

Quelle est la durée « normale » de l´allaitement ?

« Les mères allaitent assez longtemps, puisqu´elles semblent ne pas manquer de lait », voilà ce que constate début du siècle passé l´ethnologue Irle en observant la tribu africaine des Herero. Même si le raisonnement peut paraître bizarre, son constat va de pair avec les observations de l´ethnologie : dans la majorité des cultures, les enfants sont allaités longtemps – beaucoup plus longtemps que dans les pays occidentaux.

En moyenne, la durée de l´allaitement des civilisations étudiées est de 30 mois ; des trouvailles archéologiques ont également confirmé ce chiffre (l´âge du sevrage peut être déterminé grâce à des squelettes d´enfants). L´histoire écrite, p.ex. la Bible, comporte des indices similaires : les enfants des Hébreux étaient sevrés vers 2 à 3 ans. Le Coran recommande d´allaiter les enfants jusqu´à l´âge de 2 ans. Et même à l´époque moderne, l´allaitement de petits enfants était assez longtemps considéré comme normal chez nous.

Donc, d´un point de vue évolutionniste, il est clair que ce que nous définissons aujourd´hui comme allaitement prolongé, donc l´allaitement de petits enfants, n´a rien de « bizarre » ou d´ « anormal » mais correspond parfaitement au comportement typique de l´espèce « homo sapiens ».

 

Allaitement plus ou moins long

Or, ce qui est beaucoup plus intéressant d´un point de vue scientifique, c´est la question de savoir pourquoi la durée de l´allaitement varie autant d´une civilisation à l´autre de nos jours.

Même des civilisations traditionnelles sont concernées : ainsi, pour les nomades vivant de chasse et de cueillette de la tribu des Bofi en Afrique Centrale, l´âge de sevrage des enfants se situe entre 36 et 53 mois, tandis que les membres sédentaires n´allaitent plus que jusque l´âge de 18 à 27 mois.

Pourquoi donc la durée de l´allaitement varie-t-il autant chez l´espèce humaine ? La réponse tient à une particularité de notre espèce : si un animal arrête d´allaiter ses petits avant que ceux-ci ne soient capables de se procurer leur propre nourriture, ils sont voués à une mort certaine. Or, ce n´est pas le cas pour l´espèce humaine : un bébé humain ne peut pas uniquement survivre grâce au lait maternel, mais également être alimenté avec de la nourriture adaptée :  que ce soit de la moelle osseuse, de la nourriture pré-mâchée ou encore un des petits pots modernes. Si oui ou non et à quel moment on avait recours à ce genre de nourriture, cela dépendait toujours des conditions sociales.

Et les résultats ont même surpris les ethnologues. En effet, en ce qui concerne les civilisations traditionnelles, ils ont toujours cru que si les mères trouvaient assez de nourriture adéquate pour leurs enfants, elles les allaiteraient moins longtemps. Or les statistiques montrent clairement que l´influence de l´environnement alimentaire est assez faible ; les enfants n´ont pas vraiment besoin d´une nourriture spéciale mais s´accommodent parfaitement de nourriture pour adultes broyée.

 

Influence sociale

En fait, un facteur beaucoup plus important est celui des conditions de travail de la femme. Si une femme au Népal par exemple ne peut emmener son bébé dans les champs, il est sevré assez tôt. De même pour des femmes nomades qui peuvent faire garder leurs enfants dans un campement ; elles n´allaitent « que » 1 à 2 ans. Tandis que des nomades en déplacement constant (comme les Kung dans le désert de Kalahari) allaitent jusque 3 à 4 ans, donc relativement longtemps.

De plus, comme il s´agit également toujours de garder des forces et réserves pour d´autres enfants à venir, on a constaté que les « petits derniers » sont allaités plus longtemps ; un comportement que l´homme et le singe anthropoide ont en commun.

 

L´allaitement prolongé controversé

En fin de compte cependant, la durée de l´allaitement est dans toutes les civilisations une décision personnelle de la femme – se sent-elle à l´aise ? Qu´en dit son entourage ? Son partenaire ? L´allaitement est-il un plaisir ou une corvée ? Selon des recherches, l´opinion du père de l´enfant est étonnamment importante, et cela dans de nombreuses civilisations. De même la valeur sociale de l´allaitement dans la civilisation en question. Or ceci est justement une source de confusion : d´un côté,  les sociétés « modernes » et les pédiatres chantent les louanges du lait maternel, le meilleur aliment pour l´enfant, d´un autre côté, l´allaitement semble suspect : ne va-t-on pas gâter l´enfant en l´allaitant à la demande ? De plus, et surtout dans des pays anglo-saxons, l´allaitement est presque considéré comme un acte sexuel et donc quasiment tabou en public dans certains pays « modernes » – ce qui ne favorise guère l´allaitement maternel évidemment. En 2008 encore, des médias américains ont condamné des clichés d´Angelina Jolie allaitant ses enfants – on voyait une petite partie du sein gauche ! Et Facebook, cette plateforme de communication gigantesque, efface toute photo de femme allaitant dès qu´on peut y apercevoir l´aréole d´un mamelon.

Ce qui nous amène au milieu culturel et aux traditions – et donc à l´opinion de la presse, des experts et des voisins. Comme la « normalité » est définie par un consensus social, il dépend donc entièrement de la société dans laquelle on vit si cela est considéré comme « normal » d´allaiter un enfant 4 semaines ou bien 4 ans (donc 50 fois plus longtemps). En Allemagne par exemple, beaucoup de gens n´aiment pas l´idée qu´un enfant de maternelle soit encore allaité ; dans d´autres civilisations, c´est à l´ordre du jour. Il y a 40 ans seulement, l´allaitement était considéré chez nous comme vieux-jeu et avait presque entièrement disparu.

Donc, d´un point de vue culturel, on est loin de pouvoir trancher dans la discussion sur l´allaitement prolongé ; on n´a qu´à se rappeler qu´il y a 40 ans, un homme se promenant avec un landau était considéré comme efféminé ; aujourd´hui par contre, il est plutôt un héros et couvert de primes et subsides par l´Etat. Donc, si un quotidien cite des « experts horrifiés », n´est-ce pas uniquement parce que, de nouveau, certaines mamans ne suivent pas les tendances actuelles ?

 

Qui a raison ?

On voit par ce qui précède qu´on ne peut pas déterminer LA bonne durée de l´allaitement ; cela dépendait et dépend toujours du milieu et des conditions de vie d´une femme qui  déterminent aussi bien les avantages et les désavantages de l´allaitement que les motifs personnels qui influencent la décision d´allaiter.

Or il est évident que, d´un point de vue évolutionniste, l´allaitement n´avait que des avantages pour l´enfant. En effet, durant toute l´histoire de l´humanité, les sources de protéines adaptés aux jeunes enfants étaient rares, donc tout complément à la nourriture était bienvenu durant les 3 premières années, période où le cerveau se développe extrêmement vite. En plus, le lait maternel a su prévenir certaines carences « saisonnières » durant cette période de développement si importante.

En outre, des études montrent que de petits enfants dans des situations plus précaires sont toujours protégés des infections grâce au lait maternel ; souvent même, la survie de ces enfants dépend  de la durée de leur allaitement.

Il est difficile de dire si l´allaitement, dans nos sociétés de sur-abondance, comporte encore des avantages de santé ; des sources de protéines adaptés aux enfants peuvent être achetées dans n´importe quel supermarché, et grâce aux bonnes conditions hygiéniques, l´immunisation par le lait maternel (surtout contre la diarrhée) n´est plus cruciale. Il est cependant probable que le système immunitaire d´enfants allaités est mieux développé ; ils souffrent par exemple moins souvent d´une intolérance au gluten, contenu dans de nombreuses céréales, s´ils sont toujours allaités pendant la période où ils mangent déjà des aliments complémentaires. Il se peut donc que, même à notre époque, l´allaitement maternel aide l´enfant à s´adapter progressivement à la nourriture des adultes. Que l´allaitement protège en outre contre des allergies est plausible, mais pas prouvé à 100% scientifiquement.

 

Répercussions psychiques de l´allaitement prolongé

Beaucoup de mamans et également certains psychologues se posent la question si l´allaitement prolongé ne nuirait pas au développement psychique de leur enfant – ils craignent que l´enfant ne soit  « gâté » ou encore entravé dans sa quête d´autonomie.

D´un point de vue évolutionniste, cela n´est pas très plausible: pendant 99% de l´histoire humaine, le rapprochement physique et l´allaitement prolongé étaient des conditions nécessaires et indiscutables pour la survie d´un enfant, avant qu´il ne soit, généralement vers l´âge de 3 à 4 ans, à la naissance d´un frère ou d´une sœur, « catapulté » dans le groupe des enfants et le réseau social du clan.  Et il ne semble guère vraisemblable que ce comportement, typique pour l´espèce humaine, nuise au développement psychique de l´enfant.

Voilà également l´opinion de la plus grande association de pédiatres du monde, l´American Academy of Pediatrics. De même, la commission nationale allemande pour l´allaitement (Nationale Stillkommission Deutschlands) souligne que l´introduction de nourriture complémentaire ne doit pas automatiquement signifier sevrage. Le bon moment de sevrage est une décision personnelle, prise par la mère et l´enfant ensemble. D´un point de vue pédiatrique, les critiques et controverses concernant l´allaitement prolongé sont donc scientifiquement infondées ; de même, l´avis de certains psychologues, que l´allaitement prolongé ne génère un lien malsain avec la mère, doit être mis en question.

De nouveau, d´un point de vue évolutionniste, ceci est assez plausible : autrefois de même que de nos jours, il était dans l´intérêt des parents que leurs enfants deviennent des personnes autonomes ; il est donc difficile de concevoir que l´allaitement prolongé, documenté pour toutes les civilisations traditionnelles, aille à l´encontre de cet objectif. En outre, des études ont comparé l´autonomie d´enfants de civilisations traditionnelles, allaités assez longtemps, et celle d´enfants occidentaux, allaités pendant une courte période seulement ou pas du tout ; résultat : les enfants des civilisations traditionnelles étaient plus autonomes que les autres.

 

Conclusion :

Il n´est guère vraisemblable que, d´un point de vue éthologique, l´allaitement prolongé, jusque l´âge de 2 à 5 ans, nuise à l´enfant. De même pour le domaine pédiatrique : il n´y a aucun désavantage à allaiter longtemps, du moment que l´enfant reçoit en plus du lait maternel des aliments complémentaires. Cet avis est également partagé par des associations de pédiatres.

 

Herbert Renz-Polster
L'auteur est pédiatre à l'Institut Mannheim pour Public Health de l'Université de Heidelberg

Traduction: Hollarek-Weiland Martine

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