Le père et l'épanouissement de l'enfant
Quelques pays tirent le signal d'alarme: il est urgent de reconnaître le rôle psychologique du père dans l'épanouissement de l'enfant.
Où sont passés les pères? Les bouleversements de mai 1968, le mouvement féministe, la justice qui privilégie la mère dans la garde de l'enfant, la procréation assistée qui tend à se substituer aux testicules: au cours de ces trente dernières années, la figure paternelle s'est peu à peu lézardée. Conséquences? Un nombre impressionnant d'enfants ne voient jamais leur père, la délinquance se développe chez les plus jeunes et les institutions prenant en charge la santé mentale de l'enfant sont débordées.
Car être père, ce n'est pas être un substitut de la mère. C'est occuper dans la vie mentale de l'enfant une place dont dépendent sa construction et sa santé psychique. Si le rôle de la mère est de porter l'enfant dans son corps, celui du père est de le porter dans ses pensées et ses désirs. Interdire à l'enfant de comprendre qu'il est le fruit du désir de ses deux parents, c'est le condamner à l'emprise d'un monoparentalisme dévorant, qui le prive de tout accès à l'autonomie et le rend incapable de s'intégrer à la société.
Dans son livre (1), le psychanalyste Didier Dumas dénonce ce qu'il appelle la "dyade incestueuse" dans laquelle s'enferment les mères élevant leur progéniture à l'écart du père. (Note de la rédaction: Il n'est évidemment pas question d'accuser les mères, qui doivent, par la force des choses, élever seules leurs enfants; mais d'affirmer l'importance fondamentale d'un tiers dans la relation mère-enfant et le danger pour l'enfant d'être soumis à une emprise trop forte ,voire pathologique, de la part de sa mère). Ecoutant des enfants et leurs parents depuis plus de 20 ans, l'ancien collaborateur de Françoise Dolto montre que cette méconnaissance du rôle du père dans la construction psychique et spirituelle de l'enfant est la première cause de tous ses désordres mentaux. Et que les troubles dus à la démission des pères se transmettent et se répètent, en s'aggravant, d'une génération à l'autre. Didier Dumas affirme notamment que la carence paternelle et l'"étouffante tutelle maternelle" seraient à l'origine de nombreux comportements psychotiques.
Auteur de plusieurs best-sellers, la psychanalyste Christiane Olivier ne dit pas autre chose. Dans un petit livre percutant (2), elle s'inquiète du fait que de plus en plus de pères soient "mis au placard" cependant que les mères "prennent le droit de rapter, de détourner l'enfant de celui qui l'a engendré". Etre père, explique Christiane Olivier, ce n'est pas seulement remplir un rôle social auprès de l'enfant, mais tenir une place spécifique au cur de son inconscient: c'est servir de support à la fixation oedipienne de la fille (dont ce sera le premier attachement amoureux) ou servir de support à l'identification masculine du garçon (c'est-à-dire de premier repère de masculinité dans la vie d'un homme). Le lien avec le père se fait au départ, comme pour la mère, par les seuls sens, puis par la parole, et c'est de ce lien que naîtra d'abord la confiance du corps, puis du cur. Les fonctions des deux parents sont donc synchrones et parfois antagonistes: elles contribuent à l'équilibre psychique de l'enfant.
(1) "Sans père et sans parole", Ed. Hachette littératures.
(2) " Petit livre à l'usage des pères", Ed. Fayard.
Lu dans: Bioinfo avril/mai 2000
[Info Mai 2000]
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