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J'étais émerveillé de la regarder vivre!

J'ai désiré avoir un enfant après quelque temps de vie et d'expériences communes avec mon amie. J'étais bien avec elle. Ca m'est venu naturellement, c'était une envie de vivre autre chose, un désir de continuité et de stabilité dans notre relation amoureuse.

Pendant la grossesse, ce n'était pas toujours évident pour moi: c'est une longue attente pour le père qui ne le vit pas physiquement mais à travers les malaises, la fatigue de sa compagne et se sent seulement figurant. Les états d'âme de la femme enceinte ne sont pas toujours faciles à vivre!! Mais j'ai vécu également de bons moments quand, par exemple, je caressais le gros ventre et sentais l'enfant bouger.

Durant cette période, nous avons partagé d'avantage les tâches quotidiennes et j'ai pris en charge de façon plus importante le premier enfant (au niveau des activités, jeux, toilette...).

Ma compagne était suivie par une sage-femme libérale.

Les consultations et les visites avec la sage-femme m'ont paru très humaines, avec un dialogue ouvert, une certaine complicité et un suivi médical attentif et compétent.

Nous avions décidé de faire une seule échographie; je n'ai pas aimé, ça me paraît trop technique, il y a violation de l'intimité de l'enfant.

Puis j'ai participé intimement au premier accouchement. J'étais très présent et participais totalement au côté de la sage-femme. J'ai vécu la naissance de ma fille très sereinement. J'avais une entière confiance dans son déroulement, je ne me posais pas de questions, tout s'est fait naturellement.

Après la naissance de ma fille, j'étais sur une autre planète. Je me sentais en pleine effervescence les premiers jours. J'étais fatigué mais heureux, j'étais émerveillé de la regarder vivre.

Les pleurs de bébé?

Les premiers temps, je l'ai ressenti comme un langage simplement. Ensuite, c'était confus: on mélangeait fatigue et énervement et leurs pleurs étaient parfois mal compris. Il nous a fallu un certain temps d'adaptation à cette nouvelle vie.

Mon rôle par rapport à celui de la mère?

Le père et la mère ont tous deux un rôle très distinct et complémentaire. Je me vois donc comme participant à la vie du foyer en y apportant mon aide et aussi une ouverture sur l'extérieur. J'essaie d'intervenir quand les relations mère-enfant sont trop tendues.

Patrice
Extrait de: Nouvelles-Nées 12/96

J'allais vivre la journée la plus éprouvante de ma vie

Je suis père de trois garçons âgés respectivement de 13 ans, 2 ans et 4 mois. Leurs naissances sont à la fois lointaines et actuelles mais restent surtout des moments forts de ma vie, qui ont laissés des traces dans ma mémoire.

La première naissance me précipita dans la fonction paternelle, de ce fait, son arrivée fut émotionnellement intense. Par ailleurs, l'accompagnement de la grossesse de la mère ainsi que la naissance furent délégués au corps médical et sa technicité.

Je peux dire, que j'ai assisté à l'accouchement, car 10 minutes avant l'expulsion de l'enfant on me proposa d'entrer dans la pièce après avoir revêtu l'habit adéquat pour l'occasion. Je coupais effectivement le cordon ombilical, acte qui marquait ma participation symbolique à la naissance de l'enfant et m'inscrivait dans la fonction paternelle. Je me rends compte à quel point cet acte aussi symbolique soit-il, n'était qu'un faible condensé de la place que pouvait tenir le père dans ce moment-là. L'enfant fut confié à quelqu'un pour les premiers soins, la mère à une autre personne et j'étais là, dans une entre-deux bien difficile à gérer. Le manque d'expérience lié à mon jeune âge et celui d'informations me laissent une arrière-goût d'étrangeté quand à la place que j'occupais dans ce moment-là. J'étais un spectateur déresponsabilisé dans le contexte de cette naissance.

Dix ans plus tard, je fus à nouveau concerné par le projet d'une naissance. Une plus ample information ainsi que les égratignures de la vie nous amènent à choisir l'accouchement à domicile. Ce choix est motivé par le souci d'un accueil humanisant de l'enfant, en considérant l'accouchement comme un acte comportant des risques potentiels mais sans pour autant anticiper ces risques par une médicalisation, qu'il nous serait toujours possible de solliciter, le cas échéant.

Avec mon épouse, je participais donc à plusieurs rencontres avec les sages-femmes tout au long de la grossesse. Ces moments représentaient les points d'amarrage de l'élaboration, de la métamorphose, qui se produisait dans notre quotidien relationnel vis à vis de cet événement. Au fil des mois, les questions, les angoisses émergeaient. Je ne suivais pas la grossesse de ma femme, je l'accompagnais, tout en me préparant à vivre le moment de l'accouchement aux côtés de mon épouse. Les rencontres avec les sages-femmes actualisaient mon implication, mais aussi ma responsabilité dans le choix que nous avions fait d'accueillir notre enfant nous-mêmes. Un bouleversement intense se réalisait.

Vint le temps de l'accouchement et une autre place allait se dessiner pour le père que j'étais. La mère ne peut pas se soustraire à ce moment-là, à cette délivrance, elle vit dans sa chair le fait d'être mère. De mon côté, j'avais engagé ma parole, je me sentais responsabilisé dans les événements à venir.

Les premières contractions s'annoncèrent au milieu de la nuit. J'allais vivre la journée la plus éprouvante de ma vie. Les 19 heures qui ponctuèrent l'arrivée de notre enfant me donnèrent le temps de traverser les angoisses, les incertitudes, la remise en question de notre choix, nos errances jusqu'au bonheur de rencontrer notre enfant. Cette expérience laissa des traces tant l'intensité émotionnelle fut importante. De porter l'enfant dans ma tête, j'étais aussi en train de l'accoucher dans cette communion émotionnelle, dans ce partage avec ma femme et la sage-femme.

Malgré cela, ce n'était pas le réel de mon corps qui était impliqué. Ceci me positionna à une place particulière qui ne fut pas facile à tenir. C'était un entre-deux où je partageais le ressenti exprimé par mon épouse et l'écoute de l'expérience de la sage-femme qui nous guidait dans cet événement.

Je me trouvais à la fois à l'intérieur par le partage de l'intimité, la présence et l'attention qui avaient une fonction contenante, et à la périphérie, quand à l'action à proprement parler.

La sage-femme prit l'enfant dans ses mains et le déposa sur le ventre de sa mère. Il était 22 h 41. J'étais en face d'eux. Ma femme accueillit notre enfant, me regarda comme pour m'inviter, puis regarda à nouveau le bébé. Entre-temps, je me suis rapproché, les regards circulaient sans que les mots aient pu prendre leurs places. Nous étions dans le prolongement émotionnel, l'intensité d'un vécu, d'une expérience partagée à jamais inscrite dans nos mémoires.

Ce moment se prolongea tout en perdant son intensité et je pus alors prononcer des mots de bonheur partagés à la mère. Alors que l'enfant reniflait, absorbait l'odeur de la peau de sa mère, celle-ci l'accueillait dans un bain de paroles. Une reconnaissance mutuelle s'initiait. Puis il se mit à pleurer comme pour exprimer qu'il manquait quelque chose ou peut-être quelqu'un. Devant ses cris, je m'adressais à lui en le nommant et lui témoignait mon émotion de le rencontrer. L'enfant souleva la tête dans un formidable effort, cessa de crier et me regarda intensément. Le son de ma voix était devenu signe de reconnaissance. Il pouvait alors retourner dans un corps à corps maternel pour y puiser la substance de la vie. Nous venions d'accueillir notre enfant.

A.C.
Extraits de : Nouvelles Nées 12/1996

Une césarienne programmée

Le 4 novembre 1999, notre petite Julie a vu le jour à la Maternité.

Le bébé se présente en bonne position trois mois avant la naissance mais en septembre, un siège est constaté. L'espoir est conservé que bébé bougera encore! J'ai fait régulièrement l'exercice du "pont indien" mais rien à faire … bébé n'a pas bougé. Le docteur qui me suit quelques semaines avant l'accouchement, ma gynécologue n'accouchant malheureusement pas, me propose une manipulation pour essayer de faire tourner le bébé et ce, trois semaines avant la naissance prévue. Tout devait être prévu le jour de cette manipulation pour subir une césarienne éventuelle en cas de problème. J'hésite à faire ce genre de manipulation car un bébé grandit mieux dans le ventre de sa mère et je ne veux pas encore prendre le risque de me séparer de bébé.

Etant donné que le bébé se présente en siège, une césarienne est prévue le 4 novembre 1999. Le docteur autorise la présence de mon compagnon en salle d'opération et sa présence a été d'une aide incroyable… Un bébé se fait à deux et l'accouchement, qu'il soit 'normal' ou par césarienne, doit être vécu de préférence à deux. La présence de mon compagnon m'a permis de ne pas me concentrer sur tout ce qui se passait en dehors de moi … même si j'ai ressenti le moment où le docteur a sorti le bébé de mon ventre. Ce moment fut intense en émotions car il nous annonçait l'arrivée de notre fille.

Mon compagnon est resté jusqu'à la fin de l'opération et n'a pas cessé de me parler afin que la panique ne m'envahisse pas … Il a ensuite rejoint notre fille en salle d'accouchement. La sage-femme avait attendu son arrivée pour donner le bain à notre bébé. Tous deux ont pu enfin me rejoindre en salle de réveil à mon plus grand plaisir … Entre-temps je me sentais seule et je me demandais quand j'allais enfin pouvoir tenir ce bébé que nous attendions depuis neuf mois.

La césarienne n'est pas une étape facile à passer tant physiquement que moralement, surtout pour un premier enfant car en tant que femme on souhaite accoucher 'normalement' pour avoir vécu une grossesse entière. Actuellement j'ai le sentiment d'être passée de femme enceinte à mère en ayant sauté une étape et je ressens un certain manque.

Je tenais par ce témoignage à faire savoir aux gynécologues et aux femmes devant accoucher par césarienne à quel point la présence du père en salle d'opération est une aide et un soutien que personne ne peut remplacer.

Notre petite Julie est née en bonne santé et nous remercions toute l'équipe du Dr Van Wijmersch ainsi que les anesthésistes.

Melle Lutgarde DENYS, Diekirch

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